Un blog du Groupe des Belles Feuilles

La Maison des Etats-Unis à Paris organisera le 27 septembre une journée consacrée à la Silicon Valley comme révolution culturelle et technologique en marche. À cette occasion, je donnerai une conférence centrée sur le problème suivant : Wikipedia est-elle un produit culturel américain ? Ce qui m’intéresse ici, sur Blogactiv, c’est le phénomène des grandes universités américaines et des clusters qui les entourent, par rapport auxquels l’Europe se conçoit comme étant “en rattrapage”.

L’essor de Google, de Facebook ou même de Wikipedia correspond en effet à la montée en puissance des pôles universitaires américains. Il ne suffit pas de dire, comme je l’ai fait dans le billet consacré au classement de Shanghai 2008, que la dotation de Harvard est 1000 fois plus élevée que le budget annuel de Normale Sup’. Ces universités vivent dans une sorte d’écosystème scientifique et technologique efficace pour la recherche et la création d’entreprise. “Ce sont des machines extraordinairement puissantes et créatives » souligne Pierre Veltz, qui a dirigé l’Ecole nationale des Ponts et Chaussées et préside actuellement Paris-Tech. « L’économie d’archipel » qui en est issue (le mot porte toujours bien son nom… l’archipel de Stockholm étant devenu la région la plus innovante d’Europe) accorde une place centrale aux services informatiques et repose sur une fertilisation croisée des disciplines. Stanford et sa région immédiate, la Silicon Valley, comptent parmi les 25 premières économies du monde, rappelle l’économiste Jean-Paul Betbèze dans Jean-Paul Betbèze (Financer la R&D, Paris, La Documentation française, 2005). Aujourd’hui, la chasse mondiale aux talents passe par les pôles universitaires d’excellence : ne pas en avoir, c’est désavantager les étudiants nationaux dans les recrutements qui se jouent au niveau international.

“La diffusion technologique ne passe plus seulement par les grandes firmes multinationales, mais aussi, de plus en plus, par les diasporas d’individus et les communautés techniques. Or cette émergence de la planète high tech des individus nomades renforce le rôle des foyers universitaires”, dit encore Pierre Veltz. Aujourd’hui, une partie non négligeable de l’économie, dans l’informatique en particulier, fonctionne selon des modèles coopératifs plus proches dans leurs valeurs et dans leurs procédures du monde académique que des logiques d’entreprise classiques. Le meilleur exemple est celui des communautés du logiciel libre, qui contestent les solutions propriétaires et la position dominante de Microsoft.

La France est peu préparée à prendre pied dans ce genre d’économie, entre autres parce que les “interfaces”, c’est-à-dire les échanges entre monde académique, investisseurs et commerciaux fonctionnent mal. Les étudiants ne participent pas à ces interfaces – toute activité “extra-scolaire” étant considérée en France comme un distraction, et tout job étudiant étant considéré comme un gagne-pain provisoire. Quel avenir pour les grands pôles universitaires ? Il sera d’autant plus brillant que la logique de sélection mondiale est cruelle. De même qu’un petit nombre de grands aéroports constituent des hubs distribuant partout ailleurs les flux de passagers, un petit nombre de groupements universitaires, la Silicon Valley et Boston (Harvard, le MIT, Tufts, etc.) en tête, s’affirment comme les premiers centres mondiaux de l’économie de la connaissance.

 

 

Bibliographie sur “l’économie d’archipel”, notion développée par Pierre Veltz

  • L’économie d’archipel“, sur scienceshumaines.com
  • Villes, territoires et mondialisation, Puf, 1996, réédité et actualisé en 2005
  • Faut-il sauver les Grandes Ecoles ? De la culture de la sélection à la culture de l’innovation, Sciences Po, 2007.

 

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Un peu de pub : programme de la journée du 27 septembre, à la Maison des Etats-Unis (Bd St-Germain, entrée 6 rue Cassette)

• 10H-11H15 – WIKIPEDIA

Wikipedia, “l’encyclopédie libre”, a réussi à opérer un transfert culturel de la culture du logiciel libre aux contenus encyclopédiques. Wikipedia est-elle un produit culturel américain ? Que nous apprend “l’encyclopédie libre” sur les échanges culturels actuels entre l’Europe et les États-Unis ?

Marc Foglia, docteur en philosophie, en formation continue à l’ENA et auteur de Wikipedia, média de la connaissance démocratique – Quand le citoyen lambda devient encyclopédiste (Editions FYP, mai 2008).

• 11H30-12H30 – CULTURE ET INFORMATION À L’ÈRE DU WEB 2.0

Les plate-formes comme YouTube ou MySpace constituent-elles des alternatives aux industries culturelles ? Le journaliste professionnel peut-il être remplacé par le “journaliste citoyen”, tout comme l’artiste labellisé par le musicien autoproduit ? Ces questions, parmi d’autres posées par le web 2.0, trouveront quelques éléments de réponse dans l’approche socio-économique de la culture et de l’information numériques.

Franck Rebillard, Maître de conférences à l’Institut de la Communication – Université Lyon 2, auteur de Le Web 2.0 en perspective : Une analyse socio – économique de l’Internet (Editions L’Harmattan, 2007).

• 14H-15H – INNOVATION DANS L’INNOVATION… OU L’ÉVOLUTION DE SILICON VALLEY

Francis Pisani, blogueur sur Transnets.net, enseignant, auteur, éditorialiste écrit depuis la région de San Francisco en Californie pour LeMonde.fr, El País (Madrid) et Reforma (México). Il vient de publier, avec Dominique Piotet, Le web change le monde, l’alchimie multitudes (avril 2008, Pearson).

15H15-16H15 – APPLE, AU CONFLUENT DES USAGES ET DU DESIGN

Le plus fréquemment, lorsque le nom “Apple” est prononcé dans la conversation, celle-ci bifurque immédiatement sur le “design” d’un ton plus ou moins passionné, avant même que soient évoqués ses produits-phares que sont le Mac, l’iPod ou l’iPhone. Or la société a été fondée et reste animée autour de la notion de l’usage… par des passionnés qui sont convaincus que l’usage et l’aspect d’un objet – fut-il technologique – ne font qu’un. Gilles Dounès, collaborateur et ex-rédacteur en chef du site Macplus.net, co-auteur, avec Marc Geoffroy, de Ipod backstage : les coulisses d’un succès mondial (Dunod, 2005)

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