Un blog du Groupe des Belles Feuilles

Bienvenue chez les KIBS

Comment aider les entreprises européennes à innover et rester compétitives sur la scène mondiale ? En les aidant à mieux intégrer les chercheurs de haut niveau.

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Dans le dernier Bruegel Blueprint de juillet 2008 consacré à l’enseignement supérieur et à la recherche en Europe, on apprend que le taux de chômage des docteurs européens (12%) est 10 fois plus élevé qu’aux Etats-Unis, où il est quasi nul (1,2%). Cette différence est inquiétante. Pour schématiser, elle tient en partie au fait que la structure industrielle de nombreux pays européens (dont la France) est en décalage sur la scène mondiale : ces industries ne reposent pas sur une R&D puissante, et se trouvent encore dans une logique d’imitation. En outre, 4 docteurs sur 5 travaillent dans le privé aux Etats-Unis, contre seulement 1 sur 2 en Europe… En Europe, on conçoit en effet la recherche dans un cadre public. Rares sont les Universités qui proposent des workshops d’initiation aux carrières privées.

À Helsinki, la Viikki Graduate School in Biosciences organise et finance des workshops de transfert de compétences, pour 60 doctorants triés sur le volet. Ces business courses sont organisés par l’Académie de Finlande, et non par le secteur privé : l’objectif est de permettre aux doctorants d’acquérir de nouvelles compétences utiles à un éventuel travail dans l’entreprise, et de sensibiliser les jeunes universitaires au potentiel de carrière que représente la recherche privée. En France, ce lien est cultivé notamment par les « Doctoriales », une initiative de l’association Bernard Gregory pour l’emploi des docteurs, du Ministère de la Défense, du Conseil régional d’Ile-de-France et des Universités Pierre et Marie Curie et Paris Sud. Ce sont des séminaires résidentiels d’une semaine, qui ont pour objectif de préparer les doctorants à l’après-thèse et fonctionnant par appels d’offre.

Le domaine des KIBS (“Knowledge-intensive Business Services, ou services issus du seul capital que représente l’expertise très pointue) n’est pas suffisamment développé en Europe. Les KIBS sont des sociétés de services qui se situent à la charnière entre la production de nouveaux savoirs et leur utilisation. Chargés de faciliter la création, le partage et l’usage du savoir, les KIBS désignent les sociétés de conseil et d’expertise technologique, juridique, financière, de management et d’organisation. Ces sociétés de matière grise emploient souvent d’anciens chercheurs qui comprennent ce qui se passe dans les laboratoires et sont capables d’assurer pour le compte d’entreprises la veille technique et scientifique dans un domaine de spécialité. Ils sont également capables des « traduire » pour les entreprises le langage scientifique en langage d’application, et de les aider à faire des choix scientifiques et technologiques.

Dans les pays les plus avancés comme le Japon, les Etats-Unis, la Suisse et la Suède, le Knowledge Business est en développement rapide. Aux Etats-Unis, les KIBS (employant une proportion importante de salariés hautement qualifiés et de scientifiques), ont connu une croissance de l’emploi de 45% entre 1995 et 2000. Afin de rester compétitifs, les experts européens réunis au Conseil de Lisbonne (mars 2000), ont donné pour objectif à l’Europe de faire de l’Union ” l’économie fondée sur la connaissance la plus compétitive du monde “. Ceci implique d’augmenter la part des services liés à la connaissance. Pourtant, les soutiens financiers à ce type d’activités en France restent largement marginaux, dès qu’ils ne s’appuient pas sur une technologie innovante.

Le projet européen Cordis “Services in Innovation, Innovation in Services” a rassemblé de 1996 à 1998 plusieurs laboratoires en Europe et développé des concepts, des preuves empiriques et des propositions d’action concernant le rôle des services dans les systèmes européens d’innovation. D’après un résumé des résultats, il n’existe pas de schéma général de l’innovation dans les services en Europe, mais on peut dégager des tendances, auxquelles l’Europe doit (encore aujourd’hui) réagir :

  • une internationalisation du marché des services, portée par la mondialisation des échanges et des entreprises, d’où une concurrence plus intense sur le marché des services ;
  • une réorganisation de la division internationale du travail, entre des pays ateliers où la main d’oeuvre est bon marché (Asie) et des pays où le secteur des services crée la quasi totalité des emplois (Etats-Unis, Japon)
  • une introduction accélérée des innovations technologiques et de l’information dans le monde du travail, principalement liée à l’usage d’Internet;
  • croissance importante des services non-technologiques ou”soft”, concernant principalement les produits et l’organisation du travail.

Les entreprises européennes devraient mieux reconnaître le potentiel des esprits formés à la recherche. Dans l’économie mondiale de la connaissance, elles ont besoin de collaborateurs capables d’innover, d’explorer, de mettre en question les vérités reçues, d’identifier les défis de demain et de proposer des solutions, de gérer la complexité… L’emploi des chercheurs est l’affaire de toute la société. Aux Etats-Unis, les docteurs (« PhDs ») sont considérés comme des cadres à haut potentiel créatif. En Europe, seuls quelques cabinets de recrutement partagent ce point de vue… Certains, comme Adoc Talent Management, proposent un large panel de services pour faire le lien concret les « PhDs » et les entreprises : missions de recrutement, échanges avec les labos, événementiel permettant aux entreprises de se faire connaître auprès des doctorants, formation à l’entretien de recrutement pour les docteurs (compétence clé du profil « HEC »…), validation de profils, etc.

Les structures de médiation peuvent jouer ici un rôle essentiel. La valorisation de la recherche universitaire sous forme de brevets représente une part infime de la création de valeur par la recherche. Le modèle du transfert de découverte scientifique est un modèle simple, mais erroné : ce n’est pas de cette manière que la collaboration efficace entre monde universitaire et secteur privé se met en place. Celle-ci répond à une dynamique complexe, multilatérale, que l’on ne peut pas décréter mais seulement favoriser. Ce lien a besoin de structures d’intermédiation, afin de permettre aux scientifiques et aux entreprises, qui ne parlent pas le même langage, de se comprendre.

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Comments

  1. Bonjour,

    Très intéressant article sur les KIBS, sur lesquels je me documente actuellement. Bravo.

    Néanmoins, :-), concernant le blueprint Bruegel (je maîtrise moins l’anglais que vous, assurément), il y a un point que je ne comprends pas.
    Pourquoi mentionnez-vous de manière négative que les industries européennes “se trouvent dans une logique d’imitation” ?
    En quoi l’imitation en R&D ne conduirait qu’à du négatif ?
    Mon avis est en tout cas différent car je considère, comme beaucoup de réseaux d’innovation, que le concept “not invented here” est porteur de valeur, dans la R&D européenne comme elle l’est déjà ailleurs.
    Votre avis ?

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