Un blog du Groupe des Belles Feuilles

L’Europe consacre 1,3% de son PIB au financement de l’enseignement supérieur et de la recherche, contre 3,3% aux Etats-Unis. Au regard de leur financement, les établissements européens d’enseignement supérieur et de recherche (en anglais, “universities”) se débrouillent plutôt bien, souligne le Bruegel Blueprint consacré à la réforme des Universités européennes. Les Universités européennes sont peu présentes dans le TOP 100 du classement de Shanghai : on y trouve 33 universités européennes, contre 58 aux Etats-Unis. Pourquoi les institutions européenne sont-elles si mal classées ? Est-ce que leurs missions diffèrent trop largement des critères utilisés par l’université chinoise pour établir son classement ? Souffrent-elles d’une mauvaise gouvernance ? Ou bien sont-elles simplement trop petites ? L’Europe obtient toutefois des résultats honorables, si l’on regarde dans les compartiments inférieurs (places 100-200 et 200-500), surtout si l’on prend en considération le funding gap.

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En prenant pour base la population des pays concernés, plusieurs pays européens font mieux que les USA dans le Top 500 : la République tchèque obtient un score de 122%, le Royaume-Uni de 124%, les Pays-Bas de 131%, la Suède de 216%. La France n’obtient en revanche qu’un résultat de 45%, soit une performance de moins de deux fois inférieure, et l’Allemagne de 67%. Il est vrai que dans ces deux pays, l’éclatement entre l’enseignement supérieur et la recherche (celle-ci étant concentrée au CNRS, ou dans les Max-Planck Institute), mais aussi la division entre Grandes Ecoles et Universités, en France, et entre Universités et Fachhochschulen en Allemagne, jouent contre la performance statistique. Selon ce mode de calcul per capita, l’Etat du Massachussets (6,3 millions d’habitants, Boston, PIB 45 000$/hab.) reste hors d’atteinte, avec une performance de 307,8% du dans le Top 100, et de 263% dans le TOP 500…

Le classement de Shanghai, créé en 2003 par une Université chinoise par ailleurs insignifiante au niveau international, a connu un grand succès en Europe et bousculé la réticence des pays d’Europe continentale à établir de tels classements “dans l’absolu”. Les bons résultats européens dans les compartiments moyens sont attribuables à un financement plus généreux, et au franchissement de la taille critique situé autour de 25 000 étudiants, même si les modèles européens sont très différents. Les auteurs de l’étude, Philippe Aghion (Harvard), Mathias Dewatripont (ULB), Caroline Hoxby (Harvard), Andreu Mas-Collel (Popeu Fabra) et André Sapir (ULB), rappellent toutefois la domination écrasante des Etats-Unis au sommet, et les très grandes disparités que l’on trouve en Europe entre les Etats membres, notamment entre l’Europe du Nord d’un côté, l’Europe du Sud et de l’Est de l’autre.

Dans l’ensemble, ce qui manque à l’Europe, c’est surtout une quarantaine d’universités d’élite dotées de moyens financiers importants et capables d’attirer la crème de la crème (enseignants, chercheurs et étudiants) au niveau mondial. On ne réformer l’ensemble du système selon des critères qui valent seulement pour une poignée d’établissements. La création d’écoles doctorales de très bonne qualité restera limitée. Aux Etats-Unis, on compte 7018 universités, dont 1 640 offrent des programmes de Master, et seulement 614 des programmes doctoraux. L’Europe a donc besoin d’une carte universitaire plus diversifiée, ce qui veut dire une bonne moyenne, avec un compromis entre démocratisation et qualité, mais aussi des « pics d’excellence ». Ce modèle existe déjà en Europe. Il est illustré par deux Universités britanniques, Cambridge ou Oxford, les seuls établissements européens à figurer dans le Top 10. Dans le Top 20, on trouve trois autres établissements européens, l’Imperial College London, l’University College London (UCL), et l’Institut fédéral suisse de technologies de Zürich. D’autres institutions ne sont pas loin, dans le classement 2007 : Paris VI (39°), Utrecht aux Pays-Bas (42°) ou le Karolinska Institutet à Stockholm (53°).

Sur le classement 2008, voir mon billet “la France n’est pas dans la course“.

 

 

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