Un blog du Groupe des Belles Feuilles

Une journée sera organisée demain, mercredi 2 juillet, à Sciences Po, sur le thème « Femmes, passerelles d’Europe ». Cette conférence est la première conférence officielle après l’ouverture officielle de la Présidence française.

La passerelle, mot féminin de la langue française, est à la différence du chemin une construction purement humaine, et à la différence du pont un ouvrage beaucoup plus gracieux. La passerelle est ce que l’on doit opposer au plafond de verre, qui désigne métaphoriquement les nombreux obstacles auxquels se trouvent confrontées les femmes dans leur carrière.

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Les discriminations liées au sexe n’ont pas disparu en Europe, malgré les progrès réalisés depuis l’égalité de traitement entre les hommes et les femmes, inscrite en 1957 dans les Traités de Rome, et la déclaration de l’année 2007 comme année de l’égalité des chances pour tous. Pourtant, s’il faut nommer un acteur politique sur lequel les femmes puissent compter, un acteur de la modernité, capable de faire avancer la cause des femmes avec justice et efficacité, alors il faudrait nommer en premier lieu l’Union Européenne. Depuis la directive sur l’égalité des rémunérations (1975) à la directive sur l’égalité de traitement en matière d’emploi et de travail (2006) la législation communautaire a fait de la parité l’un de ses chevaux de bataille.

La promotion des femmes est aujourd’hui portée dans l’Union européenne par une politique transversale (appelée « gender mainstreaming ») qui vise à prendre systématiquement en considération les différences liées au genre, dans toutes les politiques et actions communautaires. À travers cette politique, il s’agit aussi bien de permettre aux femmes de mieux concilier vie privée et vie professionnelle, que d’établir une représentation égale dans les prises de décision, ou encore d’éradiquer la violence et les préjugés fondés sur la différence de genre.

Et pourtant, les institutions européennes elles-mêmes continuent d’être dominées par les hommes : à la Commission, cette domination est de 67%, au Parlement de 69%, au Comité des Régions de 84%… C’est ce qui a conduit Margot Wallström, commissaire européen en charge de la communication, à faire une sortie plus saillante qu’à l’ordinaire qu’elle publiée début juin sur son blog et intitulée “a call for action”.

« La sous-représentation actuelle des femmes dans les structures de décision à tous les niveaux, alors que les femmes représentent plus de la moitié de la population, constitue un obstacle de taille à la légitimité démocratique de nos systèmes nationaux et de l’Union Européenne. C’est quelque chose qui compromet toutes les tentatives pour promouvoir une démocratie participative ». Alors que les couloirs de Bruxelles bruissaient encore de possibles candidats aux nouvelles fonctions, avant le « non » irlandais, aucune femme n’a été pressentie. C’est ce qui a motivé la sortie de Margot Wallström : « il ne s’agit pas d’un manque de compétences féminines, mais bien d’hommes qui se cooptent entre eux » (“It is not about a shortage of capable women, but rather a question of men choosing men.”)

« Il est grand temps de briser le cartel des hommes en politique, rajoute-t-elle. La question n’est pas de savoir si les femmes feraient aussi bien que les hommes, car il est sûr qu’elles feraient au moins aussi bien, mais de comprendre que les femmes agiraient différemment. » À l’appui d’une telle affirmation, un sondage CSA « Les Femmes et l’Europe » (dates de terrain : 23-24 juin 2008) montre que les femmes, dans leur appréciation de la construction européenne, mettent l’accent sur la réalisation de la paix (42%, contre 33% chez les hommes), la protection de l’environnement (37%, contre 29%), la mobilité des étudiants au niveau européen, la sécurité alimentaire et l’autosuffisance agricole. De leur côté, les hommes préfèrent mettre l’accent sur la monnaie unique, les réalisations technologiques comme Ariane et Galileo, et la libre circulation des personnes et des biens. L’Union européenne prend-elle suffisamment en compte les attentes des femmes ? Malgré la politique d’égalité des sexes, elles sont peu nombreuses à être tout à fait favorables (21%, contre 28% chez les hommes) à la construction européenne.

Actuellement, dans l’Union, on ne trouve qu’une seule femme à la tête d’un gouvernement (Allemagne). Dans les gouvernements nationaux, la Finlande (55% de femmes), l’Espagne (50%), la Suède (45,45%) et la France (43,75%) font honneur à la cause féminine. Mais les anciens ministres sont de sexe masculin à 75% en Europe, et à 76% dans les Parlements nationaux. Les pays scandinaves, notamment la Suède et la Finlande, ont réussi à donner à la notion de parité une réalité visible et concrète, et pas seulement juridique. En 1995, les femmes représentaient 10% des parlementaires dans le monde, contre 17% aujourd’hui. Des vingt pays dans le monde qui ont atteint la masse critique des 30% de présence féminine dans leurs Parlements, huit sont des pays européens (Suède, Finlande, Pays-Bas, Danemark, Espagne, Belgique, Allemagne et Autriche). Le Parlement européen, qui compte 31% de femmes, pourrait faire partie de ce groupe plus avancé.

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– Programme officiel de la conférence “Femmes, passerelles d’Europe

– Pascale Joannin, “Les femmes et l’Europe“, sur le site de la Fondation Robert Schuman

– Margot Wallström, “a call for action“, sur le blog de la Commissaire européenne chargée des relations institutionnelles et de la stratégie de communication

– Politique de “gender mainstreaming” sur le site de la Commission européenne

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