Un blog du Groupe des Belles Feuilles

Alors que le journal Le Monde prévoyait ce week-end que l’Allemagne et la France allaient se déchirer sur les émissions de CO2, et que les relations entre Angela Merkel et Nicolas Sarkozy relevaient au mieux de la danse des crocodiles, au pire du combat d’alligators, le Conseil des ministres franco-allemands de Straubing, hier (lundi 9 juin), a démenti ces craintes.

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La “danse des crocodiles” n’aura donc pas eu lieu à Straubing, bien au contraire. L’Allemagne et la France ont décidé d’adopter une position commune dans les négociations avec l’UE concernant les limites d’émissions toxiques imposées aux véhicules neufs. Nicolas Sarkozy a soutenu la demande allemande de délais plus longs. La limite de 120 grammes de dioxyde de carbone ne devrait pas concerner l’ensemble de la flotte automobile d’ici 2012, ce qui devrait toutefois profiter non seulement aux constructeurs allemands, mais aussi aux constructeurs français et italiens. On peut s’attendre à ce que la position commune élaborée par l’Allemagne et la France soit soutenue par une majorité de pays dans l’Union à 27.

Henri de Bresson et Arnaud Leparmentier avaient fait état ce week-end d’une “sourde rivalité” entre les deux dirigeants, avec des vues je considère comme historiquement erronées, dans le contexte institutionnel européen. Ces vues ne correspondent pas à l’intérêt profond des deux pays. Les deux dirigeants lutteraient pour le leadership en Europe, comme au bon vieux temps de Napoléon et sans parler de ce qui a suivi jusqu’en 1945… Bien sûr, les points de divergence ne manquent pas, et les négociations de Straubing ont abouti à la dernière minute. Les deux gouvernements ont décidé de s’opposer à la délocalisation hors d’Europe des industries grosses consommatrices d’énergie, comme la papeterie ou la sidérurgie ; les deux pays divergent toutefois sur les méthodes à employer, le gouvernement fédéral soutenant celle d’une distribution ciblée de certificats (“droits à polluer”), le gouvernement français la soumission de l’énergie importée à des critères environnementaux comparables.

Le dialogue entre le Président français et la Chancelière allemande, qui implique des politiques, des hauts fonctionnaires et des représentants des entreprises, est présenté aujourd’hui dans Le Monde sous l’angle de la reculade, pour Nicolas Sarkozy. “La déclaration propose d’étudier les deux mécanismes, signe que Paris n’a pas eu gain de cause”, écrit Arnaud Leparmentier. Quand on examine le contenu de la déclaration commune, l’évocation d’une compatibilité des propositions avec les règles de l’OMC, et la mention des “industries dont la compétitivité est menacée”, ne me semblent pas vraiment renvoyer à une reculade de la France, mais plutôt à la poursuite de la négociation, version réaliste du dialogue…

Liens

Merkel et Sarkozy trouvent un accord sur les émission de CO2 des voitures“, sur Euractiv, mardi 10 juin

Nicolas Sarkozy fait des concessions à Angela Merkel sur les émissions de CO2“, Le Monde, mardi 10 juin

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