Un blog du Groupe des Belles Feuilles

J’ai été reçu hier avec mes camarades de promotion par Bernard de Montferrand, ambassadeur de France en Allemagne.

 

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Située entre la Pariser Platz (entrée pour les visiteurs officiels) et la Wilhelmstrasse (entrée pour le commun des mortels), les bâtiments de l’ambassade de France en Allemagne contiennent même une sorte de rue privée, et des jardins suspendus.

Faut-il y avoir une allusion discrète à Babylone ? Dans les années 20 et 30, Berlin était conspuée par certaines forces conservatrices du pays comme la “Babylone des temps modernes”… Dans ces lieux prestigieux conçus par Christian de Portzamparc, et au mobilier délicat choisi par Elizabeth de Portzamparc, femme du premier, Monsieur l’Ambassadeur a eu la gentillesse de s’entretenir une heure avec nous. Il s’est posé la question, à laquelle il a répondu : à l’heure de l’Union européenne et de la mise en place d’un “Service européen pour l’action extérieure” (SEAE), à quoi sert l’ambassade d’un pays membre dans un autre pays membre de l’Union ? Faut-il conserver le terme « ambassade » ?

Bernard de Montferrand a dégagé les fonctions suivantes d’une ambassade, que je propose d’appeler la “doctrine des 3R » :

  • réseau
  • radar
  • représentation

Le réseau consiste en liens formels et informels, qui permettent de « frapper à la bonne porte » lorsqu’on a besoin de savoir « ce dont il retourne ». Le personnel de l’ambassade doit pouvoir « aiguiller » les Français (fonctionnaires, journalistes, hommes politiques, etc.) vers les “contacts utiles” côté allemand.

Le radar consiste à balayer l’actualité et à sonder les forces en présence, afin de pouvoir dire non seulement ce qui se passe, mais « ce qui risque de se passer » , et de pouvoir conseiller à temps les acteurs nationaux. En bref, il s’agit d’éviter l’absence d’information et les effets de surprise. « On ne savait pas, mais qu’est-ce qu’ils f… à l’ambassade ? » (scénario catastrophe, totalement fictif)

La représentation désigne une tâche à la fois réelle est symbolique. « Il faut que je me montre beaucoup », a souligné Monsieur l’Ambassadeur, tant il est serait inconvenant que la France ne soit pas représentée à telle ou telle manifestation. Le côté réel de cette mission consiste à exprimer la position de la France et à faire valoir ses intérêts.

Ainsi, comme les PME françaises exportent très peu vers l’Allemagne, à la différence du Mittelstand allemand, qui exporte beaucoup vers la France (cela se lit de plus en plus nettement dans le solde commercial des deux pays, et ne me paraît pas aussi anodin que le soutient Jean-Paul Fitoussi), l’ambassadeur a appuyé de son autorité la participation de PME françaises à des salons allemands. Comme les Français viendront présenter leurs produits en Allemagne, et que les Allemands pourront compter davantage d’exposants français dans leurs salons, tout le monde est content : cela s’appelle aujourd’hui du win win.

Selon Bernard de Montferrand, l’intérêt des Etats reste aussi présent aujourd’hui au niveau européen qu’il pouvait l’être hier. Le contexte a changé, avec la construction européenne, mais l’intérêt national est, sans autre forme de procès, la raison d’être de leurs représentations diplomatiques. « Je ne connais aucun Etat européen, depuis que je travaille dans la diplomatie, qui n’ait agi au nom de ses intérêts. » Voilà une base philosophique solide, qui justifie amplement les murs en béton massif de l’ambassade de France sur la Pariser Platz.

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