Un blog du Groupe des Belles Feuilles

Je participai aujourd’hui à la première journée du “Dialogue d’avenir” franco-allemand à l’IFRI, un grand séminaire en trois temps (Paris, Stuttgart, Berlin) destiné à créer un réseau franco-allemand de jeunes chercheurs, fonctionnaires et cadres du privé.

La promotion a eu l’occasion de réfléchir à la signification du « couple franco-allemand” dans le contexte européen. Quelques résultats :

  • Pour l’Allemagne et la France, l’objectif européen est un nouveau commencement. Certains disent que la réconciliation franco-allemande est terminée et qu’il faut passer à autre chose. À l’inverse, je pense qu’il faudra capitaliser sur cette réconciliation exemplaire dans le cadre du nouveau Traité de Lisbonne. Le moteur franco-allemand conserve tout son sens si l’on réaliser de grands projets européens. Comme l’a souligné le Ministre allemand des relations étrangères, Frank-Walter Steinmeier, “nous ne cultivons pas le lien franco-allemand par simple tradition. C’est un engagement historique, mais aussi une coopération qui émane d’une conviction car nous savons que nous avons toujours réussi, en période de crise précisément, à faire avancer l’Europe grâce à la bonne coopération franco-allemande.”
  • En raison de différences structurelles entre les deux pays, le couple franco-allemand reste le principal lieu de synthèse européenne. Ce lieu de synthèse doit être repensé dans le contexte de la mondialisation, mais en raison des différences structurelles entre les deux pays, un projet franco-allemand garde une signification forte et de fortes chances de succès dans le contexte européen. On a des structures bilatérales qui n’existent pas entre d’autres pays membres. Ces structures permettent de se concerter de manière plus précoce et plus approfondie, et de dissoudre les principales difficultés.
  • Un enjeu européen crucial reste de mieux connaître le pays partenaire. Cela veut dire que le rapprochement de la France et de l’Allemagne n’est pas terminé, et qu’il ne le sera sans doute jamais. Il s’agit aussi de préparer les synthèses franco-allemandes et par conséquent de faire avancer l’intégration européenne. Ce travail est un travail en réseau, puisqu’il a pour tâche d’agréger d’autres Etats aux projets européens.
  • La relation franco-allemande garde paradoxalement toute son importance dans le contexte de la mondialisation. On peut se demander quel est le poids relatif de l’Allemagne et de la France dans l’Union à 27. L’efficacité des relations entre deux Etats est certes moindre dans ce cadre élargi, mais conserve une signification décisive en raison de la plus grande complexité des affaires européennes, et la difficulté à mettre tout le monde d’accord. Dans un contexte de gouvernance plus en plus complexe, les effets d’une union franco-allemande sont démultipliés.
  • L’utopie franco-allemande est européenne, et ne concerne rien moins que la gouvernance mondiale. Cela concerne la réconciliation historique, l’environnement et la protection du climat, la coopération, le développement économique et humain. Les pays émergents se tournent vers nous comme vers un modèle sur bien des points, et c’est quelque chose dont il faut être conscient, au lieu de toujours dénigrer ce que l’on fait en Europe.

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Dans l’immédiat, quels seront les sujets les plus disputés parmi les priorités de la PFUE ?

  • relance de la Politique européenne de sécurité et de défense (PESD). Les relations avec l’OTAN, depuis le retour de la France dans le commandement militaire intégré, seront d’actualité. Il faudra sortir des débats idéologiques qui restent forts en Allemagne comme en France sur le sujet.
  • politique européenne de l’énergie. Les mesures de réduction de CO2 à destination de l’industrie automobile avaient mis le feu aux poudres en Allemagne. Le nucléaire ne sera sans doute pas un sujet de grande querelle. Quant au développement des énergies renouvelables, malgré le retard industriel pris par la France, il devrait faire consensus. Les grands groupes français ont compris qu’ils devaient se lancer dans la course.
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