Un blog du Groupe des Belles Feuilles

Le « Club rhénan » a fait le point sur les relations franco-allemandes le 14 mai à Paris, dans la perspective de la Présidence française de l’Union (PFUE) à partir du 1er juillet.

Le « Club rhénan » est un forum de discussion fermé et un réseau d’influence franco-allemand, lancé en 2007. L’ancien conseiller de Helmut Kohl pour les affaires étrangères, Joachim Bitterlich, et le Président de la Fondation Robert Schuman, Jean-Dominique Giuliani, ont rassemblé des hauts fonctionnaires et des dirigeants de grandes entreprises pour faire le point sur les divergences actuelles entre les deux pays.

Du côté français, on ne pense pas qu’il soit possible de fonder une politique européenne de l’énergie digne de ce nom en renonçant au nucléaire, comme le veut l’engagement du gouvernement Schröder pour l’Allemagne d’ici 2020. Une proposition a même été avancée selon laquelle la France pourrait travailler pour deux et jouer le rôle “d’antichambre du nucléaire” pour son voisin. Ce rôle devrait être une incitation à se montrer exemplaire en ce qui concerne le niveau de sécurité et la vente à des pays tiers. La manière dont Nicolas Sarkozy s’est affiché comme lobbyiste du nucléaire français, en Libye notamment, n’a pas toutefois rassuré les Allemands.

Concernant le grand projet de recherche Iter, les Français se sont montrés optimistes. Les Allemands ont souligné que la France n’a pas intérêt à expulser Siemens du capital d’Areva, qui en détient 34%, obtenant l’accord de leurs homologues français en opposition avec les intentions affichées l’année dernière par le Président français sur le sujet.

Sur la question des négociations avec la Russie, on a souligné qu’il serait difficile à l’Allemagne et à la France de s’unir pour parler d’une seule voix, entre autres parce que l’Allemagne se trouve dans une situation de dépendance plus marquée que la France. Le nucléaire sème aussi la zizanie dans l’attitude à adopter sur les réductions de CO2 : en raison de la part du nucléaire (80%) dans sa production d’électricité, la France n’a pas besoin de prendre des mesures aussi drastiques que l’Allemagne pour respecter les objectifs fixés par la Commission européenne. Les mesures concernant l’industrie automobile avaient mis le feu aux poudres, les grosses berlines allemandes étant naturellement les moins « écologiques ».

Comme il l’a déjà fait avec une conviction très européenne lors de la crise franco-allemande sur le projet d’Union pour la Méditerranée aujourd’hui résolue, Jean-Pierre Jouyet est décidé à jouer les pompiers sur le front du nucléaire pendant la PFUE. Son rôle diplomatique a fait l’unanimité.

Concernant la politique européenne de sécurité et de défense (PESD), la France espère qu’en réintégrant le commandement militaire intégré de l’OTAN, les soupçons que soulevait son soutien à une « Europe de la défense » auront bientôt disparu. L’atlantisme affiché du Président français joue également dans ce sens. L’Allemagne reste cependant méfiante à l’égard de l’idée d’une « européanisation » des forces militaires, en raison du rôle qu’a joué le lien atlantique dans son histoire contemporaine. Les Français ne se sont pas privés de critiquer ce manque de conviction européenne, l’Allemagne préférant par exemple acheter des fusées Spike fabriquées en Israël, plutôt que des Euromissiles.

La transposition de ces réflexes nationaux au niveau européen pousse également la France à demander à l’Allemagne et à la Grande-Bretagne de conclure un contrat d’entretien au sujet du nouveau transporteur A400M, fabriqué par conçu et fabriqué par Airbus Military. Une coordination plus poussée est nécessaire, afin que les armées puissent engager les A400M en temps voulu.

Sous le titre d’Europe de la défense, qui fait partie des priorités de la France pour la PFUE, France s’est fixée pour objectif la création d’un Quartier Général européen, doté de cellules de coordination autonomes et permanentes. Un « Erasmus militaire » devrait être lancé. Avant de construire l’Europe de la défense, la notion de sécurité européenne devra être travaillé et explicitée.

Les plans de la France concernant le marché de l’armement sont ambitieux : Paris veut valoriser au maximum l’Agence européenne de Défense créée en 2004. Selon les sondages de l’Eurobaromètre, les Européens sont environ 70% à approuver la mise en place d’une Europe de la défense, mais beaucoup moins à accepter une augmentation éventuelle des budgets militaires. Si ce projet doit prendre corps, le budget consacré à la défense ne pourra plus faire l’objet de négociations à la baisse, ni à Berlin ni à Paris.

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