Un blog du Groupe des Belles Feuilles

Qu’entend-on par « gouvernance » ? Le concept s’est répandu au début des années 90 dans le domaine des relations internationales. Par opposition au mot government, qui désigne l’activité autonome ou conçue comme telle d’un gouvernement, le terme governance renvoie à l’action en réseau qu’entretiennent entre eux les acteurs publics et privés.
Depuis la fin des années 80, le terme good governance décrivait les programmes d’amélioration des systèmes politiques nationaux ou internationaux. Il était utilisé notamment par la Banque mondiale (la BIRD) et par le Fonds monétaire international (FMI) pour désigner de nouvelles règles de gestion des fonds publics. Le concept de gouvernance a été largement repris par la pensée libérale afin de promouvoir d’autres acteurs que l’Etat dans la réalisation de tâches d’intérêt collectif.

Selon Arthur Benz, Professeur de sciences sociales à l’Université à distance de Hagen, les caractéristiques de la notion de gouvernance se montent à quatre :

  • les relations hiérarchiques claires d’autorité et de subordination, ainsi que les délimitations nettes des domaines de compétence, sont absentes
  • le pilotage se fait sur la base d’un mélange entre exercice unilatéral de la puissance dont on dispose, et souci de coopérer avec les autres instances
  • les différentes instances communiquent et négocient entre elles
  • les processus sont plus importants que les structures, ce qui a pour effet de rendre les structures évolutives.

Au cours des années 90, des chercheurs en sciences politiques montrent que l’Etat est une instance finalement peu efficace dans la réalisation de tâches complexes. Par ailleurs, les gouvernements et les administrations agissent rarement de manière autonome et de plus en plus en interaction avec d’autres acteurs. Les sociétés modernes peuvent se transformer, en suivant des règles contraignantes, mais sans que l’Etat intervienne (Jan Kooiman, Modern Governance. New Government – Society Interactions. London, 1993).
Bref, dans les faits, la politique est moins l’expression d’une volonté que le management des interdépendances et des interactions.

Comme la Commission européenne n’a pas les pouvoirs d’un Etat souverain, et que les actions communautaires sont le fruit d’une négociation avec de nombreux acteurs, le terme « gouvernance » est aujourd’hui un outil particulièrement approprié à la description des mécanismes communautaires. Il a en effet rencontré une belle fortune à Bruxelles. La familiarité des instances communautaires avec la notion et les processus de gouvernance m’apparaît comme un phénomène positif, à l’opposé des interprétations qui y veulent y voir une perte de souveraineté, un manque de transparence ou un déclin du contrôle démocratique.

Le terme de gouvernance est également approprié au fonctionnement en réseau d’Internet. À l’opposé des Etats-Unis, qui ont le contrôle implicite ou explicite de l’Internet, l’Union Européenne entend jouer le rôle de contre-pouvoir en favorisant une gouvernance plus équilibrée afin que le réseau garde sa neutralité, son interopérabilité,
et continue ainsi à favoriser l’innovation. Comment l’Europe peut-elle se donner les moyens de son indépendance numérique ?

Le Groupe des Belles Feuilles (GBF) recevra Bernard Benhamou, qui a joué un rôle clé dans l’élaboration et la défense de la position européenne à Tunis lors du sommet mondial pour la société de l’information. « Nous devons nous doter d’une gouvernance d’Internet », avait promis le candidat Nicolas Sarkozy à la Présidence de la République. Actuellement conseiller du Président de la République sur les questions de société de l’information et de gouvernance Internet, Bernard Benhamou est Maître de Conférences pour la Société de l’Information à Sciences Po Paris et auteur du blog NetGouvernance. Il a été nommé Délégué interministériel aux Usages de l’Internet, et attaché au Cabinet de la Ministre de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur.

Le cocktail « Un Européen à Paris » du Groupe des Belles Feuilles aura lieu le dimanche 1er juin, à partir de 18 heures, et suivra la formule à succès lancée l’année dernière par Axel Adida, Marc Foglia, Adrien Matray, Vincent Schächter. Une soirée à la fois substantielle et informelle réunira trente à quarante personnes autour d’un verre de vin et d’un assortiment de fromages. Cette formule wine & cheese intégrera champagne et fruits rouges à l’approche de la saison estivale.

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